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INTERVIEW de Eric de Beuckelaer – SUDPRESSE - Thomas Van Ass- RÉGION 13/03/2017

Depuis six mois, Eric de Beukelaer rencontre toutes les unités pastorales pour parler du problème des églises qui se vident.
La crise des vocations et la raréfaction des fidèles rendent criante l’urgence de trouver des solutions pour l’avenir de nos églises. Dans le diocèse de Liège (qui correspond à peu près à la Province), elles sont 550, et 60 chapelles, pour à peine 4 % de Liégeois se disant pratiquants fidèles. Devenu vicaire épiscopal chargé du dossier il y a six mois, Éric de Beukelaer, nous dresse l’état de la question.
L’avenir de nos églises est-il devenu un problème prioritaire pour l’Évêché de Liège ?
– « Oui, bien sûr. Mais le problème ne date pas d’hier. Le modèle « un village, un clocher, un curé, une fabrique et un bourgmestre » , qui fournissait une vraie proximité, est révolu depuis plus de 20 ans. Aujourd’hui, les paroisses font partie de ce qu’on appelle une « unité pastorale » qui regroupe plusieurs églises avec à leur tête un curé, aidé par des prêtres, diacres, laïcs et de nombreux bénévoles. On en compte 72 dans le diocèse. Depuis six mois, j’essaie de rencontrer tout le monde en tenant compte des attentes de tous. Ce sont de gros dossiers, ça prend du temps. »
Par manque de prêtres, de nombreuses églises ne comptent plus qu’une messe par semaine. Elles sont donc vides la plupart du temps. Qu’allez-vous en faire ?
– « Nous allons d’abord définir quelles sont les églises prioritaires en matière pastorale. Celles où il reste une importante activité de fidèles. Et celles-là, on les garde bien sûr.
Pour les autres, il faut garder à l’esprit qu’il ne s’agit pas seulement d’un élément architectural important dans le paysage urbain, mais aussi d’un lieu de culte et de spiritualité où de nombreuses personnes aiment se réfugier un moment pour prier ou tout simplement réfléchir dans le calme. »
Pour les églises non-prioritaires pastoralement, qu’avez-vous comme idées ?
– « D’abord, il faut tout faire pour qu’elles restent ouvertes. Et ouvertes à tous, croyants ou non-croyants, car si une église est affectée au culte catholique, elle est ouverte à chacun. On pourrait imaginer une surveillance caméra si aucun sacristain, ni bénévole n’est disponible. Je vais rencontrer aussi toutes les unités pastorales et voir s’il n’y a pas moyen d’augmenter leur fréquentation en y organisant par exemple des cours de religion ou de catéchisme. Ou permettre aussi à des groupes de jeunes ou de trois fois vingt d’y tenir des réunions. »
Ce ne sera sans doute pas suffisant ?
– « Sans doute. La possibilité suivante est d’utiliser ces églises de manière citoyenne en y organisant des expositions, des pièces de théâtre, des bibliothèques. Il y a aussi des écoles voisines d’une église et qui demandent parfois à s’étendre et qui pourraient les utiliser de façon digne et compatible, en accord avec les fidèles du lieu. » (NDLR : l’église Sainte-Véronique à Liège par exemple).
Et il n’y aurait donc plus de pratique du culte ?
– « Avec des architectes, on peut imaginer des solutions de partage pour les grandes églises. Conserver le chœur pour le culte et donner une autre affectation à la nef. À Cointe par exemple, il pourrait y avoir le projet de conserver un lieu de culte dans la basilique qui serait pour le reste affecté à des logements. »
Et si vraiment aucune de ces solutions n’est possible ?
– « Ce n’est vraiment qu’en tout dernier recours que l’on envisagera alors une désaffectation de l’église au culte. Dans les villes et les faubourgs, nous n’avons pas de tabou. mais j’imagine cela difficilement au milieu d’un village. Là, l’église reste un lieu symbolique, historique et architectural. Et si on la transforme en autre chose, on peut tuer le village ! »
Désacraliser veut-il automatiquement dire démolir ?
– « Non bien sûr. L’église pourrait être affectée à d’autres cultes. À Verviers par exemple, l’église Saint-Jean Baptiste a été proposée au culte orthodoxe. A Grivegnée, il est question de permettre à des protestants africains d’occuper l’église Saint-Lambert des Oblats. »
Vous n’êtes pas favorable à des affectations en hôtels ou restaurants comme on le voit régulièrement aux Pays-Bas ?
– « Liège est la dernière ville latine du nord de l’Europe. Et les Latins sont plus attachés au symbole de l’église que les Germains.On peut cependant être imaginatif, mais il faut veiller à ce que la nouvelle affectation ne choque pas les citoyens. »
Et s’il n’y a aucune solution ?
– « Sans solution et avec un édifice branlant, il faudra peut-être se résoudre à démolir. Mais dans ce cas, et si le lieu s’y prête, je demanderai à la place que l’on construise une petite chapelle, un lieu de silence où l’on puisse se retrouver et qui rappelle l’ancienne affectation des lieux. »

Plus que 250 prêtres liégeois actifs
En 1989, le diocèse de Liège comptait encore 773 prêtres actifs avec une moyenne d’âge de 63 ans. Aujourd’hui, il n’en reste plus que 250. Comment faites-vous pour maintenir une activité religieuse ?

– « Mis à part célébrer l’eucharistie, la plupart des pratiques religieuses ne requièrent pas de prêtres. C’est pour cela que nous avons créé des unités pastorales pour intégrer aussi les diacres, les assistants pastoraux et les nombreux bénévoles, parfois une centaine, qui gravitent autour de l’église pour nous aider. Chaque unité pastorale s’occupe de plusieurs paroisses et plusieurs églises. Un chiffre qui peut parfois monter jusqu’à une quinzaine. »
Que peuvent-ils faire exactement ?
– « Ils peuvent tenir des veillées de prière, parfois célébrer des funérailles. Beaucoup s’engagent aussi dans la préparation des baptêmes, du catéchisme, des mariages. Vous savez, il vaut mieux préparer son mariage avec un laïc marié plutôt qu’un vieux prêtre célibataire.(rires) »
Et les fabriques d’église ?
– « Elles veillent à l’entretien des églises et des presbytères. Pour simplifier les contacts avec les communes et, parce que les bénévoles se font plus rares, je vais proposer aussi de les rassembler en plateforme pour mutualiser les dépenses et rationaliser les travaux à effectuer. »
« Je rencontrerai tous les bourgmestres »

Qui doit payer ?
Selon la loi, c’est aux communes à pallier le manque de moyens des fabriques d’église pour entretenir et réparer les églises. Un budget beaucoup trop lourd à consentir pour beaucoup d’entre-elles. Un gros problème se pose actuellement à l’église de José qui menace de s’effondrer à Herve. Mais aussi à Seraing où l’église de Jemeppe a un urgent besoin de gros travaux de réparation. Le bourgmestre Alain Mathot les refuse, arguant du fait qu’il préfère réparer des écoles que des églises et il a entamé un bras-de-fer avec l’évêque.

Qu’allez-vous faire dans ce cas présent ?
– « Je l’ai rencontré et nous travaillons sur une solution globale pour toutes les églises de Seraing. Ce sont de gros dossiers qui prennent du temps. Et je ferai la même chose avec les autres bourgmestres. Je préfère un engagement global, élaboré avec les curés et fidèles du lieu et de la commune, signé de part et d’autre, que des accords ponctuels, église par église. »
Certains disent que l’évêché possède beaucoup de biens et de terrains et qu’il pourrait aussi réparer ses églises ?
– « Non, ce n’est pas vrai. L’évêché n’a pas beaucoup d’argent et doit aussi sans cesse faire des économies. Certaines fabriques d’église possèdent des biens mais si elles mangent leur capital, il n’y aura plus rien demain. C’est pourquoi il leur est demandé de n’utiliser que les revenus de leur capital. »

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